Petite fille ne sait pas quelle heure il est. Tout ce qu'elle sait, c'est qu'il fait encore noir dehors et qu'elle ne dort plus. Elle est obligée d'attendre que l'un de ses deux parents soit levé pour en faire de même. Elle n'aime pas attendre comme ça dans le noir, étendu sur son lit. Sans qu'elle ne le veuille, les pensées et les images viennent toujours l'envahir, lui rappelant des choses qu'elle préfèrerait oublier. Ce jour là, une seule question tourne en boucle dans sa tête : "pourquoi agit-il comme ça ?" Elle fait tout pour le satisfaire : elle obéît à ses ordres, ne lui pose pas de question, reste silencieuse, se fait oublier, ... Et pourtant, un gouffre semble toujours les séparer. Cela semble s'empirer de jour en jour. Malgré tout elle s'accroche et espère. Pourquoi ? Si seulement elle le savait.
Des bruits se font entendre. Depuis le temps, elle les connaît par-coeur. La porte du placard qui grince, papa qui peste encore contre ses clés qui semblent toujours disparaître, la porte d'entrée qui s'ouvre et se referme, le verrou que l'on enclenche, les pas qui s'éloignent dans l'escalier avant de disparaître. Il est parti travailler. Sans un bruit, pour ne pas réveiller maman, la petite fille quitte sa chambre et se glisse jusqu'à la fenêtre du salon. L'appartement est au troisième étage. Elle voit son père sortir du bâtiment, son vélo en main. Elle remarque qu'il n'a toujours pas de lumière. La nuit est toujours bien présente, ainsi que la pluie. Elle le regarde s'éloigner jusqu'à ce qu'il tourne au croisement. Elle ne le voit plus et pourtant elle reste là. Comme tous les samedi matin, son imagination se manifeste. Et si une voiture ne le voyait pas et le renversait ? Et s'il glissait sur la chaussée et se brisait quelque chose ? Et s'il partait pour ne jamais revenir, les abandonnant maman et elle ? Et si ...
Une main posée sur son épaule l'interrompt. Maman est levée elle aussi. Elle s'agenouille afin d'être à la même hauteur que sa fille. Elle pose sur l'enfant un regard triste. Comme si elle comprenait tous les doutes qui envahissaient la petite fille.
- Je sais que c'est dur pour toi. Mais ne t'inquiète pas, il finira bien par t'aimer.
Maman lui adresse un faible sourire, dépose un baiser sur son front et quitte la pièce, laissant la petite fille seule avec cet aveu. La tristesse revient. Mais pas les larmes. Elle peut enfin mettre des mots sur cette relation distante avec son père. Il ne l'aime pas. C'est aussi simple que ça.